Effet Lindy
Plus quelque chose a duré, plus ça durera longtemps.
Définition
L’effet Lindy est une heuristique issue d’une observation initialement faite dans le milieu du spectacle new-yorkais : les émissions télévisées qui duraient longtemps avaient de fortes chances de durer encore longtemps. Nassim Taleb l’a formalisée et popularisée dans Antifragile (2012) et Le Cygne Noir.
Le principe : pour les entités non périssables (idées, textes, institutions, technologies), la durée de vie future s’allonge avec l’âge. Plus une idée a survécu, plus elle survivra encore.
Cela s’oppose à la logique des entités biologiques ou périssables, où la probabilité de mort augmente avec le temps.
Pourquoi c’est important
L’effet Lindy permet de distinguer ce qui dure de ce qui disparaît :
En culture : un livre publié il y a 50 ans et toujours lu a plus de chances d’être lu dans 50 ans qu’un bestseller récent sorti il y a 6 mois. La longévité filtre la pertinence.
En technologie : les protocoles et langages de programmation qui existent depuis 30 ans (C, SQL, Unix) auront probablement encore 30 ans devant eux. Les frameworks “révolutionnaires” de 2020 peuvent disparaître en 2025.
En entreprise : une institution qui a traversé plusieurs crises, guerres et disruptions technologiques est probablement plus robuste qu’une startup de 2 ans, quelles que soient ses promesses.
En idées : les grandes philosophies, mathématiques ou lois physiques formulées il y a des siècles ont prouvé leur résilience par le temps lui-même.
Exemples concrets
Livres : Aristote, Montaigne, Shakespeare continuent d’être lus, étudiés, traduits. Un essai viral de 2023 sera probablement oublié en 2030.
Technologies : le courrier électronique (1970s) et le web (1990s) sont bien plus “immortels” que la plupart des applications SaaS nées depuis 2010.
Institutions : les religions, universités et systèmes juridiques fondés il y a plusieurs siècles ont une espérance de vie future qui dépasse celle de la plupart des États modernes.
Contre-mesures à l’anti-Lindy : méfiance envers la nouveauté pour sa seule nouveauté, préférence pour ce qui a fait ses preuves dans le temps, scepticisme envers les “révolutions” qui n’ont pas encore survécu à leur premier hiver.
Ce qui a duré est une preuve de résistance. Ce qui est récent est encore à l’épreuve.