Paradoxe d'Abilène
Un groupe peut décider collectivement ce que personne ne veut individuellement.
Définition
Le paradoxe d’Abilène tire son nom d’une anecdote de Jerry Harvey : par une chaleur accablante au Texas, une famille décide unanimement d’aller à Abilène, alors qu’en réalité, personne n’avait envie de faire ce trajet. Chacun avait supposé que les autres le voulaient, et avait acquiescé par politesse.
Ce paradoxe est différent de la pensée de groupe (groupthink) : il ne s’agit pas de pression à la conformité, mais d’une incapacité à gérer le désaccord. Chaque individu pense être seul à s’opposer, et se tait pour ne pas paraître difficile.
Pourquoi c’est important
Ce phénomène est extrêmement courant dans les organisations. Il explique des décisions collectivement idiotes prises par des individus pourtant lucides. Il prospère dans les cultures où exprimer un désaccord est perçu comme déloyal, négatif ou perturbateur.
La solution n’est pas de voter anonymement (ce qui masque le problème), mais de créer une culture où le désaccord est explicitement valorisé et sollicité, notamment via la pratique du “premortem” ou du “devil’s advocate”.
Exemples concrets
Plan de lancement : une équipe valide unanimement un plan irréaliste, alors que chaque membre en privé le trouvait trop ambitieux.
Conseil d’administration : un conseil approuve une acquisition coûteuse que tous ses membres trouvaient surévaluée.
Choix de restaurant : des amis acceptent tous un restaurant dont aucun ne voulait, chacun pensant que c’était le choix des autres.
Projets IT en dérive : des projets continuent malgré l’évidence de leur échec, car personne n’ose être le premier à le dire.